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Vérification & Validation : deux boussoles

Dans l’ingénierie logicielle, la réussite d’un projet ne repose pas sur une seule métrique, mais sur l’équilibre entre deux forces complémentaires. Comme le théorisait Barry Boehm dès les années 80, la qualité se joue sur deux tableaux distincts : construire le produit correctement, et construire le bon produit.


1. La vérification : la maîtrise de la conformité

La vérification est un processus de contrôle interne. Elle s’assure que les produits de travail (code, spécifications, architecture) respectent scrupuleusement les exigences fixées lors des phases précédentes.

Pour bien vérifier, on utilise deux approches complémentaires :

La question fondamentale : sommes-nous en train de construire le produit correctement ?


2. La validation : la preuve de pertinence

La validation intervient pour confronter le logiciel à ses utilisateurs finaux et à son contexte réel. Elle évalue si le système répond aux besoins métier, souvent au-delà de ce qui a été formellement écrit dans les tickets.

Elle s’appuie principalement sur le test dynamique, car c’est en manipulant le système complet (ou un prototype fonctionnel) que l’on peut juger de sa pertinence. On ne regarde plus si « le bouton fait ce qui est écrit », mais si « le bouton résout le problème de l’utilisateur ».

La question fondamentale : sommes-nous en train de construire le bon produit ?


3. L’analyse : pourquoi l’une ne va pas sans l’autre ?

La puissance de ces concepts réside dans leur synergie. En tant qu’experts, nous savons qu’un déséquilibre entre ces deux piliers est souvent la cause racine des échecs de projets.

Le mirage technique (vérification réussie, validation échouée)

C’est le scénario d’une application dont le code est irréprochable, sans aucun défaut détecté et dotée d’une architecture exemplaire. Si l’interface est confuse ou si la fonctionnalité ne répond à aucun besoin réel de l’utilisateur, le produit est un échec. On a construit « parfaitement » quelque chose d’inutile.

Le géant aux pieds d’argile (validation réussie, vérification échouée)

À l’inverse, une application peut parfaitement résoudre un problème critique et enthousiasmer ses utilisateurs lors des premières démonstrations. Mais si elle manque de vérification (instabilité, failles de sécurité, dette technique), elle s’effondrera sous son propre poids dès qu’elle devra passer à l’échelle. Le succès métier est alors de courte durée.


4. Une approche pragmatique : maximiser la synergie

Pour transformer la qualité en levier de croissance, il faut faire dialoguer ces deux activités tout au long du cycle de vie du produit.

  1. L’approche shift-left : en introduisant la vérification statique dès la rédaction des exigences, on sécurise la validation future. Un besoin mal formulé ou ambigu est un défaut de validation en puissance que l’on peut tuer dans l’oeuf.
  2. La traçabilité totale : chaque effort de vérification doit être lié à une valeur métier. Si un test ne participe ni à la stabilité du système (vérification) ni au succès d’un parcours utilisateur (validation), il est probable qu’il n’ait aucune valeur réelle.
  3. L’indépendance du regard : la vérification gagne à être rigoureuse et automatisée, tandis que la validation demande souvent un regard plus exploratoire et empathique, capable de questionner la pertinence même de la fonctionnalité.

Conclusion

La vérification et la validation sont les deux faces d’une même pièce. La première apporte la rigueur et la pérennité nécessaire à la maintenance, tandis que la seconde apporte la vision et l’adéquation au marché.

Une stratégie de qualité performante ne choisit pas son camp. Elle utilise la vérification pour garantir la fiabilité de la réalisation et la validation pour assurer l’utilité réelle du produit. C’est dans cette dualité que se construit un logiciel durable, capable de créer une valeur réelle et pérenne.


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